Yves Leterme dans les Balkans

Ce soir-là, Yves Leterme n'avait pas faim. Son regard s'évadait en direction du cadran de sa montre flic-flac. 18h32.
- Yves, mange vite tes tartines au choco, il est temps de partir. s'exclamait sa femme.
Rongé par le stress, il décidait de laisser les croûtes. Il avait toujours fait comme ça. Ce n'était pas une heure avant son départ pour les Balkans qu'il allait bouleverser ses habitudes.
- Le reste c'est pour les biquettes, murmurait-il.
Sa femme connaissait la chanson. C'était le même scénario tous les soirs depuis 27 ans. Ça l'amusait presque.
Une dernière gorgée de Fristi avant de choisir sa cravate.
Un ding-dong peu original mais chaleureux annonçait la venue de Dirk.
- Bonsoir Dirk, entre. Yves se prépare et il arrive.
D'un air lymphatique, le chauffeur-ami-confident se dirigea en traînant des pieds et se laissa tomber dans le sofa - modèle Pøtverdüm - de chez Ikea. La manoeuvre était bruyamment accompagnée du "plof" habituel.
Yves, de son côté, hésitait entre la cravate brune-mauve lignée ou rouge-jaune aux motifs provençaux. Après un soupir il allait craquer pour la plus belle des deux. Il avait appris à gérer les responsabilités de ce genre qui, autrefois, l'auraient accablées.
- Yoe Dirk, ca vakes ? (*ce qui, dans la langue de Marc De Bel, signifie : Bonsoir Déric, comment allez-vous ?)
Assez parlé. Un dernier bisous à bobonne et les voilà partis direction Zaventem. Dans un excès de confiance et sans en demander la permission à Dirk, Yves avait mis son cd préféré. C'était celui d'Helmut Lotti, à l'époque où il chantait des chansons d'amour en dialecte russe. Le chanteur interplanétaire avait connu ses heures de gloire. Ses hits avaient même occupé la place du numéro 1 dans toutes les maisons de repos de Tchétchénie. Un exemple de réussite pour le Premier Ministre. Il écoutait ces chansons en boucle et les connaissait par coeur. C'était un peu son hymne national à lui. Il avait d'ailleurs hésité à les chanter devant ce maudit journaliste de la RTBF. Encore une attaque du PS avait-il pensé intimement. C'était le jour où les chars, les chiens-renifleurs et les tanks avaient pris l'habitude de défiler sous les yeux bienveillants de notre Roi. Les
francophones appellent ça la "fête nationale". Leterme avait du mal à comprendre le mot "national". Excepté les 7 ministres flamands du gouvernement fédéral et l'ambassadeur des Pays-Bas, il n'avait jamais vu, ni entendu de néerlandophones... Une odeur de kérosène l'interrompit dans son raisonnement obscur.
- Yves, nous y sommes.
- Déjà ?! Oei, tu dois encore faire mon noeud de cravate et je dois mettre des chaussures chics.
Après quelques rugissements de l'Airbus A330 endommagé de la Belgian Air Force, l'engin quitta le tarmac pour rejoindre les Balkans.
La Chronique du 14/01 : Yves Leterme et le Soulier d’Or

Yves Leterme a rangé ses pantoufles à l'effigie du nain Plop de chez Brantano le temps d'un soir et a reçu le Soulier d'Or. Le numéro 16 n'a pourtant jamais atteint son but. Il a même été remplacé 4x, a été exclu par carton noir-jaune-rouge et est resté sur le banc de touche pendant des mois. BNP Paribas-Fortis envisagerait de le sponsoriser...

